Chèque sans provision : que faire, émetteur ou bénéficiaire

Par Élise Charvet · Publié le

Chéquier ouvert et stylo posés sur une table de cuisine à côté d'une enveloppe décachetée, lumière grise de fin de matinée

Un SMS de la banque, parfois un courrier qui arrive trop tard : la provision manque et le chèque que vous avez signé la semaine dernière ne passera pas. À ce stade, rien n’est encore figé — ni pour celui qui a émis le chèque, ni pour celui qui l’a reçu et voit son encaissement refusé. Ce qui se joue ensuite tient à quelques délais précis et à des gestes à faire dans le bon ordre. Les connaître évite une interdiction bancaire de cinq ans d’un côté, et une créance abandonnée de l’autre.

Avant le rejet, une fenêtre que peu de gens utilisent

Un chèque insuffisamment provisionné n’est pas rejeté dans la seconde. Avant de refuser le paiement, la banque doit informer le titulaire du compte, par tout moyen approprié, des conséquences d’un défaut de provision. La finance pour tous précise que la loi ne fixe aucun délai de prévenance : les banques pratiquent couramment 24 à 48 heures, avec un engagement professionnel à rester sous les sept jours.

Cette fenêtre sert à une seule chose : rendre la somme disponible avant que le chèque soit présenté une seconde fois. Et disponible veut dire créditée, pas en route. Un virement émis la veille au soir, une remise de chèque fraîche ou un transfert depuis un livret n’alimentent pas forcément le solde à la date utile : c’est tout l’écart entre date d’opération et date de valeur que détaille notre guide pour lire son relevé de compte ligne par ligne. En cas de doute, demandez au conseiller la date limite réelle plutôt que de l’estimer.

Ce que coûte un chèque rejeté

Les frais de rejet sont plafonnés depuis le décret du 15 novembre 2007 sur le plafonnement des frais bancaires applicables aux incidents de paiement : 30 euros pour un chèque d’un montant inférieur ou égal à 50 euros, 50 euros pour un chèque supérieur à 50 euros. Ce plafond est global. Il recouvre toutes les sommes facturées à l’occasion du rejet, quelle que soit leur appellation, y compris l’envoi de la lettre d’injonction et la commission d’incident. Autre règle utile : un même chèque présenté plusieurs fois au paiement dans les 30 jours suivant le premier rejet ne constitue qu’un seul incident, donc une seule facturation.

Ces frais ne doivent pas vous tomber dessus par surprise. Comme tous les frais d’incident, ils vous sont annoncés au moins 14 jours avant leur prélèvement, en principe sur le relevé : c’est votre délai pour contester une double facturation. Et ils s’ajoutent presque toujours aux intérêts débiteurs du découvert qui a provoqué le rejet, dont notre article sur les agios et le coût réel d’un découvert détaille le calcul.

Régulariser pour faire tomber l’interdiction bancaire

Un chèque rejeté faute de provision déclenche une interdiction d’émettre des chèques qui porte sur tous vos comptes personnels, dans toutes vos banques, et qui s’accompagne d’une inscription au Fichier central des chèques tenu par la Banque de France. La fiche service-public.fr sur l’interdiction d’émettre des chèques en fixe la durée à cinq ans au maximum, impose la restitution des chéquiers, et rappelle que l’interdiction ne vous prive pas de votre compte : le droit au compte et l’accès aux services bancaires de base demeurent.

Maximum ne veut pas dire automatique. Trois voies de régularisation existent : reconstituer la provision et laisser le chèque être présenté à nouveau, payer directement le bénéficiaire puis récupérer le chèque auprès de lui, ou bloquer sur le compte la somme nécessaire au paiement. Dès que vous en apportez la preuve, la banque en informe la Banque de France dans les deux jours ouvrés et l’interdiction est levée. L’erreur fréquente consiste à régler en espèces sans récupérer le chèque ni reçu : sans justificatif, l’incident reste ouvert. Quand ces rejets se répètent, le problème n’est plus le chèque mais le calendrier de vos entrées et sorties d’argent, que notre méthode pour faire son budget mensuel permet de remettre à plat.

Vous avez reçu le chèque impayé : la course des 30 jours

Côté bénéficiaire, la banque vous adresse une attestation de rejet. Elle ouvre un délai de 30 jours, pensé pour l’amiable : vous pouvez redemander l’encaissement ou obtenir du signataire qu’il régularise. Pour les chèques de 15 euros ou moins, la fiche service-public.fr consacrée à la réception d’un chèque sans provision rappelle que la banque du débiteur doit vous régler elle-même au terme de ce délai.

Au-delà de 15 euros, la suite est mécanique. Passé les 30 jours, la banque du signataire délivre gratuitement un certificat de non-paiement. Confié à un commissaire de justice, ce document est signifié au débiteur, qui dispose de 15 jours pour payer avant l’exécution forcée, saisie sur salaire comprise. Les frais de cette procédure sont à la charge du débiteur, pas à la vôtre.

D’où le seul réflexe à retenir si vous encaissez des chèques : notez la date figurant sur l’attestation de rejet et comptez trente jours. Un chèque impayé qu’on laisse dormir dans un tiroir pendant six mois reste dû, mais vous aurez perdu l’outil le plus efficace pour le recouvrer — et, souvent, la trace du signataire.

Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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